Urgence pour la fromagerie ? Trouvez la raclette solidaire !
Urgence pour la fromagerie ? Trouvez la raclette solidaire !
Trop souvent, nous sommes réduits à comparer des prix, sans avoir accès aux informations qui nous permettraient de comprendre ce que nous finançons réellement. Dans le rayon du lait notamment, on voit apparaître de plus en plus de promesses de « juste rémunération » des producteurs. Elles sont encourageantes mais il est très important, pour protéger les producteurs, qu’elles soient clairement expliquées, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
En tant que consommateur nous devons pouvoir comprendre ce que nous payons… Non pas pour polémiquer mais simplement pour choisir en connaissance de cause. Dans le rayon du lait, nous avons enquêté sur toutes les briques qui revendiquent une “juste rémunération”. Cette tendance nous donne de l’espoir, à condition qu’elle soit clairement expliquée, visible et qu’elle aide concrètement les producteurs. 👩🌾
Le résultat :
Détails page 4 et méthodologie en annexes page 13 Tweet
Aujourd’hui, nous voulons savoir comment nos achats font réellement la différence pour les producteurs. Commençons par décrypter l’actualité et son impact sur les producteurs.
Le marché du lait traverse une période de forte tension. Pourquoi le prix du lait peut baisser si vite ? 🥺
Trop de lait cette année par rapport à la demande ?
Cette année, les conditions de production étaient favorables : bons fourrages, coûts des aliments pour les animaux… La quantité de lait produite a donc augmenté.
Résultat : plus de volumes sur un marché stable créent un déséquilibre immédiat. Le système fait peser l’ajustement sur ceux qui sont en bout de chaîne : les producteurs, alors qu’une part notable des éleveurs laitiers rapporte un temps de travail hebdomadaire compris entre 60 et plus de 70h. [Innoval, janvier 2024].
Les producteurs français sont encore la variable d’ajustement, alors même que nos rayons contiennent des produits fabriqués à partir de lait venu d’ailleurs ou dont l’origine n’est même pas précisée. Avec une meilleure transparence sur l’origine des ingrédients (et ici du lait) nous, les consommateurs aurions la possibilité de diriger nos achats vers des produits dont la matière première utilisée est française.
🥛 Comment les autres marques construisent ce prix ? Le prix du lait payé aux producteurs n’est pas un simple « prix de marché ». C’est une construction contractuelle avec :
👉 Un prix de base
👉 Un ajustement selon le standard 38/32 (3,8 % de matière grasse et 3,2 % de protéines)
👉 Une correction par des primes liées à la qualité,
la saison, les volumes et le cahier des charges…
Quand les repères de marché se dégradent et que les débouchés se ferment, l’ensemble de ces paramètres tire la rémunération vers le bas :
👩🌾 La moitié des exploitations ont dégagé un revenu inférieur à 1 280€/mois, après cotisations sociales. Etude Les Greniers d’Abondance, sur la période 2017-2020
👩🌾 La majorité des producteurs se rémunèrent à un taux horaire inférieur à 70 % du SMIC. Etude Les Greniers d’Abondance, sur la période 2017-2020
Tout un modèle à revoir 💪
Un prix qui varie en fonction des surplus et des tensions du marché n’est pas un prix juste : c’est un prix subi. Garantir un prix juste et fixe, indépendant des à-coups du marché, est une condition indispensable pour permettre aux producteurs de vivre dignement de leur métier, de se projeter dans l’avenir et de faire évoluer leurs pratiques.
Rappel de la juste rémunération CQLP décidée par les producteurs et votée par les consommateurs : 540€ les 1000 litres (hors primes) soit 54 centimes par litre qui vont dans la poche du producteur.
En cette période particulièrement dure pour les producteurs, nous avons un pouvoir énorme pour les aider : nos actes d’achat. Mais nous avons besoin d’informations, de transparence : derrière chaque produit, où va notre argent ? 👇
Nous avons mené l’enquête directement dans les magasins
Dans les rayons, nous sommes nombreux à vouloir bien faire, mais face aux briques de lait, les promesses sont partout, sans informations concrètes vérifiables.
La méthode simple que nous avons mis en place côté consommateurs
Nous avons regardé 2 choses : ce qui est affirmé sur la brique et ce qui est vérifiable. Concrètement, nous avons analysé 22 références de briques de lait.
❓ 3 références sans allégation sur la rémunération des producteurs.
🟢 3 références allèguent un soutien justifié/une certification équitable.
🟠 9 références allèguent un soutien, mais sans le prix payé (niveau de détail insuffisant).
🔴 7 références allèguent un soutien, sans aucune information ni justification.
👉 84 % des briques de lait analysées allèguent un « juste prix » sans fournir de données chiffrées, comme la décomposition du prix et la transparence sur le cahier des charges (directement sur la brique, le site internet des marques ou les réseaux sociaux). ⚠️ Attention : cela ne veut pas dire qu’elles payent mal les producteurs, mais qu’en tant que consommateur, nous n’avons aucun moyen de le vérifier.
Cette transparence que nous arrivons à obtenir sur la rémunération des agriculteurs, la décomposition du prix, l’origine, à travers notre démarche solidaire, beaucoup de consommateurs la demandent pour tous les autres produits qu’ils achètent. Les témoignages :
Un prix indexé sur les surplus du marché n’est pas un prix juste, c’est un prix subi pour les producteurs. C’est pourquoi, notre démarche de consommateurs a choisi de prendre le contre-pied du fonctionnement habituel pour fixer le prix lait. 🙆♂️
✅ Nous définissons le cahier des charges des produits que nous souhaitons consommer (provenance, pâturage, fourrages locaux, alimentation sans OGM, etc)
✅ Nous construisons le prix avec les producteurs, en fonction de leurs coûts de production.
✅ Nous assurons, avec la laiterie, un prix stable toute l’année, qui ne dépend pas des fluctuations du marché.
✅ La transparence est totale : la décomposition du prix de vente est détaillée directement sur la brique, pour permettre à chacun de comprendre facilement comment se construit le prix payé au producteur. Puis toute l’année, nous nous rendons dans les exploitations et chez les fabricants pour vérifier le respect du cahier des charges et la réalité de la juste rémunération sur le quotidien des producteurs.
Depuis 10 ans les consommateurs « C’est qui le Patron?! » travaillent main dans la main avec les producteurs et les fabricants pour mettre la transparence au cœur du modèle. 🙌
La transparence n’est pas un principe abstrait : c’est un outil pour comprendre et choisir.
Depuis 2016, 668 millions de produits solidaires ont été vendus grâce à 15,1 millions de consommateurs. 😮
Les 4 étapes que nous respectons depuis 10 ans :
Travail en cours : une proposition de loi 🙆♂️
Nos choix d’achat ne sont pas neutres : ils orientent les pratiques agricoles, les modèles économiques et les conditions de vie de celles et ceux qui nous nourrissent.
C’est pourquoi, sous l’impulsion de la communauté de consommateurs, nous travaillons sur une proposition de loi visant à renforcer la transparence des allégations de soutien aux producteurs et de juste rémunération.
👉 Toute allégation de « juste rémunération » doit être justifiée par l’indication du montant payé à l’agriculteur et de la durée d’application de ce prix
👉 Obligation de fournir des preuves vérifiables accessibles au consommateur
👉 Renforcement des contrôles et sanction en fonction



