BFM BUSINESS CLUB – « C’est qui le patron?! » : quand les consommateurs créent leur marque. Avec Nicolas Chabanne

 

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10/10/2017

c est qui le patron« Avez-vous remarqué dans vos supermarchés ces nouvelles briques de lait bleues, ces plaquettes de beurre vertes, estampillées du slogan « C’est qui le patron?! »? A l’origine de cette initiative, Nicolas Chabanne,  fervent défenseur du travail des petits producteurs. 

Il y a quelques années, il avait déjà  lancé la marque « Quoi ma gueule? », pour accueillir sur les étalages les fruits et légumes « moches », parfaitement consommables, mais jusque-là mis au rebut par les producteurs, car pas assez parfaits.

Le succès de la nouvelle Marque du Consommateur ne s’est pas fait attendre: déjà 21 millions de litres distribués, et 8560 magasins distributeurs.

Et Nicolas Chabanne ne s’arrête pas là: le beurre bio, la pizza du Consommateur sont déjà arrivés en magasins, suivront le steak haché, les sardines, la farine, etc.

⇒ Avec nous également par téléphone, Martial Darbon, président de la Coopérative Bresse-Val de Saône, le premier à embarquer dans l’aventure « C’est qui le patron?! », avec Carrefour. Il avait tiré le signal d’alarme alors que son groupement de producteurs était sur le point de mettre la clé sous la porte. Ils touchaient jusque-là 22 centimes par litre de lait. Avec « C’est qui le patron?! », c’est 39 centimes qui leur revient. Ca change la vie! 

COMMENT FAIRE POUR PARTICIPER AUSSI?

Rendez-vous sur le site cestquilepatron.com. Choisissez le/les produits pour lesquels vous voulez voter. Ensuite, ajoutez vos préférences au prix de base: +7 centimes pour ssurer une rémunération convenable à l’éleveur; + 6 centimes pour que la nourriture des vaches laitières soient sans OGM; + 3 centimes supplémentaires pour un fourrage d’origine locale. 

 

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Dans Le Parisien (mai 2017)

Parti de rien, Nicolas Chabanne a lancé C’est qui le patron ?!, la première marque dont les produits sont élaborés par les clients.

c est qui le patron jus pomme.jpgSi son visage poupin ne vous dit rien, vous avez forcément entendu parler des fruits et légumes moches Gueules cassées ou vu au supermarché les briques de lait C’est qui le patron ?! Nicolas Chabanne est l’homme qui chamboule la consommation et chatouille la grande distribution. Avec une poignée d’amis et de membres de sa famille, ce quadra sympathique et touche-à-tout a su transformer des idées simples en marques à part entière. Et qui cartonnent.

(..)  Pourquoi ça marche ? «Parce que les consommateurs sont mûrs et grâce aux réseaux sociaux», explique-t-il. Son coup de maître : placer les consommateurs au coeur du processus d’élaboration des produits. Et 7 850 internautes ont ainsi décidé du cahier des charges de leur lait et de la rémunération des éleveurs. «On avait oublié que derrière une brique de lait, il y a des gens, dans notre beau pays, qui bossent 105 heures par semaine pour 350 € par mois», lance ce formidable conteur, les yeux bleu gris cachés par des lunettes à fine monture et une épaisse mèche de cheveux..

Explorer de nouveaux territoires

«Un soir de juin 2014, je ne dormais pas. J’étais à ma fenêtre devant le mont Ventoux et je me suis dit ! si je rassemble 100 000 personnes, que je leur explique qu’en payant le lait 4 € de plus par an cela permet à un agriculteur de vivre et que je leur demande s’ils achèteraient un lait équitable, 90 % d’entre eux diront oui !» La marque C’est qui le patron ?! était née.

(…). «Pour la première fois, c’est le consommateur qui décide et pas un industriel qui lui impose ce qu’il peut manger. Nous avons le pouvoir. C’est le début d’une nouvelle ère !» s’enflamme-t-il. Des phrases uppercut, parfois grandiloquentes, pourtant prononcées avec une grande humilité.

Le personnage Chabanne est surprenant. «C’est un ovni mais toujours sincère et positif, confie Emmanuel Vasseneix, directeur de la laiterie LSDH, qui le connaît bien. Il a changé ma façon de voir les choses. Je me fixe moins de limites.» Défricher et explorer de nouveaux territoires, c’est la qualité que Nicolas Chabanne a reçue en héritage de son grand-père, Jacques Brunot, «un aventurier parti avant la guerre à Madagascar». Il fut le premier à commercialiser le poivre vert en France.

Né d’une mère au foyer et d’un père communiquant de profession, Nicolas Chabanne a passé son enfance sur cette île africaine avant de revenir en France. « J’ai obtenu un bac littéraire à Carpentras avant d’étudier les lettres modernes à la Sorbonne (Paris). Je lisais Alexandre Jardin, faisais un peu de théâtre, quel beau souvenir ! » lâche ce fan absolu d’Arthur Rimbaud qui aurait voulu devenir journaliste, comme son ami et camarade de fac Nikos Aliagas. Mais, après ses études, il aide un copain « à créer les premiers lavages autos dans les parkings souterrains. On lavait des voitures pour 28 francs et on donnait du travail à des gens qui avaient du mal à en obtenir ». Une aventure qu’il abandonne pour travailler dans la communication territoriale. « Je suis comme ça, quand ça marche, je passe à autre chose. »

Membre de la confrérie de la fraise de Carpentras, il se charge de la promotion de ce «bijou» à Paris, jusqu’à L’Elysée. En 2006, avec Thierry Saint-Michel, vendeur d’abricots, il lance les Petits Producteurs chez Monoprix. «Si on met la photo du producteur sur la barquette, il s’engage. Et il reçoit 30 % du prix», explique Nicolas Chabanne.

A PROPOS DES GUEULES CASSÉES

gueules-cassees-legumes.jpgL’objectif: réhabiliter les fruits et autres produits alimentaires avec des défauts d’aspect – vendus 30% moins cher pour des qualités gustatives identiques, et qui, sinon, partiraient au rebut.

Un jour, il voit Thierry Saint- Michel (producteur) jeter un abricot taché. Et voilà un nouveau projet. Avec Laurent Pasquier, créateur du site Mesgouts.fr, il crée les Gueules cassées. Ce concept de fruits et légumes moches, vendus moins cher plutôt que d’être jetés s’est exporté dans le monde entier. «Personne n’y avait pensé et un Français l’a fait», se félicite ce père de trois enfants qui a remporté le prestigieux prix HEC, «comme BlaBlaCar ou Airbnb».

« Chaque année 40% de la production mondiale de nourriture ne voit pas un estomac humain. En France 17 millions de tonnes de produits parfaitement comestibles ne sont pas consommés. Des milliers de kilos de pommes, d’abricots déformés, de cerises à peine fendues, de tomates biscornues sont jetés par les producteurs qui n’ont pas de débouchés valorisants pour ces fruits et légumes moins jolis et pourtant exquis ».

LES PROJETS

Une levée de fonds est envisagée pour le développement international. Nicolas Chabanne s’est déjà payé le luxe de refuser la proposition à 6 millions de dollars d’un investisseur américain. «Jusqu’à présent nous avons vécu en enfants gâtés, la force du concept anti-gaspi lui a permis d’avancer presque tout seul. Mais sa notoriété est bien plus importante que son modeste chiffre d’affaires, qui devrait atteindre 2 millions d’euros cette année. Désormais, il faut davantage structurer les choses » , reconnaît l’entrepreneur. Le « Frenchie » a déjà été sollicité par quelque 27 pays pour y implanter la marque. (source Les Echos) »

 

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