CULTURE NEGO – C’est qui, le patron ? Le consommateur, voyons !

À l’occasion du 56e salon de l’Agriculture qui vient de se clôturer, nous avons voulu donner de la visibilité à une initiative qui participe à l’amélioration de la qualité de vie au travail des agriculteurs. « C’est qui le Patron ?! » porte cette vocation, mais pas seulement. Entretien avec Nathalie Roskwas, première salariée de cette PME créée en 2016 qui s’occupe de la communication (mais pas seulement !).

 

04/03/2019

C’est quoi, « C’est qui le Patron ?! »

Nathalie Roskwas : Il s’agit d’une initiative de consommateurs qui est partie d’un constat de double insatisfaction : d’une part d’un ras-le-bol de ne pas savoir vraiment ce que nous avons dans notre assiette et de l’autre, de payer des aliments tout en sachant qu’à l’autre bout de la chaîne se trouve un producteur qui n’arrive pas à joindre les deux bouts. La volonté est donc de permettre aux consommateurs de reprendre la main sur la chaîne de fabrication du produit en les interrogeant, à travers un questionnaire, sur leurs attentes réelles.

Vous pouvez nous donner un exemple ?

NR : Nous sommes partis d’une brique de lait : quels sont les critères qui vont faire évoluer son prix ? Il y a la rémunération du producteur, le choix du contenant et tout ce qui va jouer sur la qualité du lait : l’option du pâturage, des fourrages, des OGM… Chaque consommateur fait ainsi ses choix selon ses priorités et voit évoluer le prix en fonction. Nous agglomérons ces réponses pour définir le choix majoritaire, qui sera notre cahier des charges. Charge à nous ensuite de trouver le fabricant qui réalisera le produit voulu par les consommateurs !

En quoi la démarche est-elle innovante ?

NR : Elle remet le consommateur, que le marketing traditionnel avait délaissé, au centre des décisions. Au lieu de développer un produit et de chercher à qui le vendre ensuite, on cherche à savoir ce que veulent les consommateurs avant de développer le produit conformément à leurs attentes. Cela renverse totalement la manière de fonctionner, en supprimant notamment une grosse partie des coûts marketing.

C’est le passage de la logique de consommateur à celle de consomm’acteur ?

NR : Complètement ! Je pense qu’on est une bonne incarnation de ce terme, même si nous allons au-delà. Dans « consomm’acteur », on se concentre essentiellement sur l’acte d’achat, qui est pensé de manière responsable. Ici, nous cherchons à impliquer vraiment les personnes dans la construction de leurs produits.

Comment participez-vous à améliorer la qualité de vie au travail des agriculteurs et agricultrices ?

NR : Le but de notre démarche est vraiment de produire de la satisfaction des deux côtés de la production. Comme nous ne pouvons pas intervenir sur les horaires ou sur la pénibilité du travail des producteurs, nous cherchons au minima à rémunérer leurs efforts au juste prix. Ce qui leur permet déjà de régler leurs factures, et de s’aménager ensuite un meilleur équilibre des temps de vie. En étant par exemple en mesure d’employer un vacher pour gérer leurs exploitations quand ils doivent s’absenter une journée pour des raisons personnelles, ou simplement prendre un congé !

Et pour tisser du lien entre producteur et consommateur ?

Nous allons à la rencontre des producteurs pour comprendre comment ils travaillent et nous essayons de mener des actions pédagogiques auprès des consommateurs : dans nos questionnaires notamment, nous glissons des notes d’informations pour les aider à comprendre les options qui leur sont proposées. Nous venons aussi de nouer un partenariat avec une chaîne télévisée, Consommateurs et Citoyens, qui sera lancée le 20 mars prochain. Il s’agira d’une chaîne libre et indépendante avec la vocation d’aller à la rencontre des producteurs pour qu’ils expliquent leurs métiers et la volonté de faire participer les individus à la création des contenus.

Avez-vous l’intention d’influencer tout l’écosystème de l’industrie alimentaire ?

NR : On aimerait, oui ! On voit déjà en tout cas que la démarche commence à faire réfléchir : au début, on nous disait avec le lait que jamais personne ne serait prêt à payer plus cher pour une démarche ESS… Et finalement le succès est au rendez-vous ! Aujourd’hui, les grands de l’industrie agro-alimentaire commencent à s’ajuster pour afficher la rémunération des producteurs sur leurs briques de lait, quitte à générer un nouvel argumentaire marketing… Reste à déterminer ce qu’on y met derrière !

Pensez-vous partir à la conquête d’autres terrains ?

NR : On nous a demandé plusieurs fois si nous n’étions pas intéressés de calquer la démarche sur les secteurs hygiène/cosmétique, textile… Nous avons même été approchés par un fabricant de lunettes ! Beaucoup de gens sont en effet curieux de comprendre comment nous tissons le lien avec les consommateurs. Mais pour le moment, on se limite à notre cœur de métier, l’agro-alimentaire. Nous sommes une petite équipe de 10-12 personnes et nous gérons une quinzaine de produits, correspondant à une vingtaine de références. C’est assez de travail pour le moment, mais nous ne nous fermons pas de portes sur l’avenir !

 

Nb : Le questionnaire sur les saucisses est en cours… N’hésitez pas à choisir celle qui vous correspondra ! »

VALENTINE POISSON

 

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